Imaginez : 26 zones à survoler, plus de 6 000 photos prises depuis les airs, et une île entière passée au peigne fin. Cet été, la CPESI a pris de la hauteur pour mieux connaître l’île Grande Basque, ce joyau de la baie de Sept-Îles que vous êtes nombreux à parcourir en randonnée. Voici ce qu’on y a découvert.
Onze mondes en un seul caillou
Du haut du ciel, l’île se révèle bien plus variée qu’on ne l’imagine. Grâce à la qualité de nos images aériennes, nous avons pu distinguer 11 milieux naturels différents sur les 440 hectares de l’île. C’est l’équivalent d’environ 600 terrains de football, et pourtant on y passe de la plage au marais, puis de la forêt au sommet, en quelques kilomètres de sentier.
Les trois géants
Trois milieux se partagent plus de 91 % du territoire :
- 🌲 La forêt boréale (65 %, 285 hectares) : c’est le grand manteau vert de l’île, dominé par le sapin baumier. Elle est aussi la plus touchée par la tordeuse des bourgeons de l’épinette (on y revient plus bas).
- 🪨 Les sommets rocheux (18 %, 80 hectares) : ces crêtes dégagées offrent aux randonneurs les plus belles vues sur la baie.
- 🌳 La forêt boréale clairsemée (8 %, 36 hectares) : plus aérée, avec des arbres plus espacés.
Les petits trésors
Les autres milieux occupent peu de place, mais ils font toute la richesse de l’île :
- 🌊 Le marais salé (8 hectares) : un milieu humide qui vit au rythme des marées, entre terre et mer.
- 🏖️ Les plages sablonneuses (près de 5 hectares) et rocheuses (2 hectares) : le littoral, où l’érosion fait son travail.
- 🌱 La tourbière (moins de 2 hectares) : un milieu discret mais précieux, qui accumule la matière organique depuis des siècles.
- 🌾 La prairie (moins de 1 hectare) : le plus petit milieu de l’île, mais pas le moins remarquable.
- 🍃 Les chablis (6 hectares) : des zones où les arbres ont été renversés, souvent par le vent, et où la forêt recommence à zéro.
- 🌿 Les nouvelles friches (près de 8 hectares) : des espaces en pleine recolonisation par la végétation.
Pourquoi certains arbres sont-ils tout blancs ?
Si vous avez gravi les sentiers dernièrement, vous avez sûrement remarqué ces arbres décolorés. Notre drone confirme que un tiers des forêts de l’île (32 %) est touché.
Le coupable : la tordeuse des bourgeons de l’épinette, un minuscule insecte qui raffole du sapin baumier, l’arbre le plus présent sur l’île.
La bonne nouvelle, c’est que la forêt n’est pas perdue. Le bouleau blanc et l’épinette noire se mêlent aux sapins, et ces essences résistent mieux à l’insecte. On peut même donner un coup de pouce à la nature en dégageant de l’espace pour les jeunes arbres. Les troncs abattus pourraient en prime devenir des abris pour les petits mammifères.
Nos pas laissent des traces
Nous avons ausculté les 11,7 km de sentiers mètre par mètre. Verdict : environ 80 % du parcours est en terre, un sol plus fragile sous les semelles. Les escaliers, les passerelles et les passages sur roche protègent le reste. Ces informations nous aideront à repérer les endroits à surveiller de près.
(Petite anecdote : nous avions installé des compteurs de randonneurs, mais certains d’entre vous se sont bien amusés avec… Merci pour l’enthousiasme, mais on garde les chiffres pour la prochaine fois !)
Un coup de pouce pour nos plages
Les plages ont leurs propres défis, car l’érosion grignote doucement les berges. Pour freiner le phénomène, nous avons repéré 5 413 m² où planter de l’élyme des sables, une herbe dont les racines retiennent le sable. Plus de 1 000 m² de ces zones sont prioritaires, car des sites de camping sont directement menacés. Chaque année, le drone repassera aux mêmes endroits pour suivre l’évolution des plages.





Fleurs, chants et petites bêtes
- Côté plantes : 102 espèces recensées par notre équipe sur iNaturalist (134 avec les observations des autres utilisateurs). Neuf d’entre elles n’étaient pas dans l’inventaire de 2005, et surtout, aucune espèce exotique envahissante n’a été trouvée.
- Côté oiseaux : grâce à des caméras munies de micros, nous avons reconnu 26 espèces à leur chant, du merle d’Amérique à la grue du Canada, sans oublier l’eider à duvet et le bec-croisé des sapins.
Quelques plantes de l’inventaire de 2005 manquent à l’appel : l’enquête continue !
📸 À vous de jouer
Vous partez bientôt pour l’île ? Glissez l’appareil photo dans votre sac : chaque plante, insecte ou oiseau que vous photographiez et partagez sur iNaturalist enrichit la connaissance de l’île. Vous deviendrez, le temps d’une randonnée, un véritable scientifique citoyen.
